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Tout le bonheur du monde
13/09/2005 22:43
Simone de Beauvoir disait si l’on séjourne une semaine dans un pays on a du matériel pour écrire un livre, une année un article, et si l’on reste dix ans on sera absolument incapable d’écrire quoi que ce soit…. Je suis assez mal partie comme vous le voyez mais les événements des derniers mois m’ont fourni encore un peu de matière pour vous tenir au courant des différents France Espagne. La quête du lisse Une des choses qui m’angoisse le plus depuis que je suis en Espagne ce sont mes cheveux. En effet, les pauvres sont soumis à une concurrence sévère, que dis-je à un véritable dictat. Chevelures épaisses et gonflées, pointes impeccables qui rebiquent avec impertinence, raideurs insolentes, couleurs brillantes et exaspérantes. Bienvenue au pays des salons de coiffures résidences secondaires et des coiffeurs rois. Nourris des plus grands épisodes de Dallas et Dynastie, ils opèrent en toute impunité et se font même payer. Bienvenue en Espagne, le pays où le brushing figure dans la constitution. En bonne étrangère prête à tout pour s’intégrer, j’ai tenté de me soumettre aux usages locaux car j’adore avoir les cheveux de Barbie, mais à quel prix ? Chaque passage dans les mains de ces Franco de la brosse est un supplice. La torture commence dès le shampoing qui est en fait un violent grattage du crâne d’une puissance qui chaque fois me laisse perplexe, m’effraie. La serviette post-séchage est un étau qui m’empêche de penser (avec du recul, c’est sans doute fait exprès) mais ce n’est pas tout. On pourrait en effet caractériser le séchage d’apothéose de la douleur quand Franco s’évertue à tirer méthodiquement sur mes boucles pour me faire rentrer dans la loi du lisse. L’Innovation la plus remarquable mais probablement peu rentable économiquement, et surtout peu pratique logistiquement c’est quand ils se penchent à deux sur moi pour opérer au brushing. Si je regarde dans la glace le spectacle, je vais rire. Je baisse les yeux et je souffre en silence. Le « il faut souffrir pour être belle » reprend ici un sens on ne peut plus actuel. Constats et tauromachie Pomponnée comme il se doit ici, je peux donc décemment me rendre à l’événement de l’année à Madrid : la corrida. Les ferias ont lieu entre mi-mars et mi-juin avec un pic au moment de la San Isidro autour du 15 mai. Nous avons donc acheté nos billets côté soleil car c’est moins cher. J’avais l’impression d’arnaquer la Fnac car je ne voyais pas en quoi c’était moins bien d’être au soleil. On a le spectacle et le bronzage en prime, de quoi frimer en rentrant à Paris et en plus à 19h30, le soleil ça ne tape plus. Eh bien mes amis, je n’ai pas été déçue de cette expérience … Tout d’abord, si c’est moins cher au soleil ce n’est pas parce que le soleil est gratis c’est parce que c’est juste le moment où le soleil est encore assez traître pour vous brûler et juste quand il commence à descendre pour se mettre à hauteur de vos yeux et vous éblouir. Constat numéro 1, se faire greffer un autre bras insensible à l’effort musculaire pour vous servir de visière. D’autre part, en bon autochtone, nous nous sommes acheté des graines de maïs à boulotter pendant le spectacle. Et là, grave erreur stratégique car le maïs ça se mange en entier alors que pour les pipas ; genre de graines de tournesol, on peut en jeter l’écorce. Et ça je vous l’assure, malgré le soleil omniprésent, il pleuvait des épluchures de pipas sur mes cheveux lissés et mes genoux. J’adore. Constat numéro 2 : toujours disposer de pipas pour jeter sur ses voisins du dessous… La corida commence. Les gradins de la plaza de Torros sont combles, plus de 40 .000 personnes sont présentes, je sens l’excitation monter en moi. Focus sur les costumes : des dorures éblouissantes qui aveuglent ceux qui sont au soleil. Des couleurs chatoyantes : du rose, du jaune, du bordeaux, du crème. Un costume taillé en 34 qui met en valeur et affine la taille, un petit bolero pour ne pas trop gêner et accentuer les formes. Des bas de couleur rose rehaussés par de petites ballerines noires. Constat 3 : la corrida est-elle réellement un sport viril ??? D’abord les banderillos viennent agiter un peu le taureau avec leur fa fameuse cape rose et jaune. Arrivent ensuite les picadores à cheval qui sont censés harponner le taureau avec de grandes lances. Les banderillos reviennent ensuite dans l’arène pour piquer les banderillas sur l’échine du taureau, 6 au total. Puis quand le taureau est bien énervé, le matador fait son entrée pour l’achever. Puis on change d’équipe et ça recommence. Pour la notre nous avons eu 6 taureaux. Constat 4 : tout cela à bien l’air d’une grosse boucherie, qu’est-ce que je fous ici ? Effectivement, dès le début de la corrida, je commence à avoir des bouffées de chaleur, je me prends d’amitié pour la bête qui fait quand même presque une tonne, qui n’a jamais vu d’homme et n’a rien demandé à personne. Je suis choquée. Mes tendances brigittebardolesques s’exacerbent, je suffoque, prête à crier au scandale. J’en ai pour deux heures, je suis coincée au milieu d’une rangée de vingt sardines, pas d’issue en vue. Je vais donc souffrir en silence et rêver d’une corrida où le taureau briserait les normes et piquerait les picadores. Et bien, figurez-vous que j’ai été entendue. Les taureaux n’étaient pas des bêtes de scène mais ils ont eu un certain sens de l’humour. Tout d’abord, le taureau s’est pris d’affection pour le cheval et l’a renversé avec son cavalier. Impossible ensuite de remettre le canasson sur ces pattes. Je jubilais. Ensuite, il y avait un taureau de fort mauvaise humeur qui a à moitié empalé le matador. Enfin, il lui a déchiré son pantalon au niveau des fesses. Humm très sexy ! Le jeune homme s’est relevé échevelé, pieds nus mais très digne, il a continué le combat en collants roses…Respect. On a eu aussi le taureau timide ou associal qui refusait de se jeter sur la cape et aurait donné sa vie pour retourner au corral. Constat numéro 5 : on se serait cru à Intervilles, je fredonnais Lalalalala lalalalala, en attendant le lâcher de vachettes. Mais bon, on se fait à toutes choses et j’ai quand même pu apprécier quelques passes où le taureau frôle le torero cambré au maximum tel un danseur étoile. Le public est à la fois intraitable et connaisseur, il peut huer un taureau (car c’est toujours la faute du taureau si la corrida est mauvaise) mais il peut être aussi très reconnaissant si les gestes sont beaux et précis. Et là c’est 40.000 personnes qui crient d’une même voix « Olé ». C’était très émouvant. Et j’étais prête à me joindre à la foule qui agitait frénétiquement des mouchoirs blancs pour féliciter le matador et lui permettre de couper l’oreille du taureau en trophée. Constat final : beaucoup d’émotions mais finalement une impression globale assez mitigée. Un match truqué d’avance : le taureau est trop bête, il vise toujours ou presque la cape, il n’a qu’une seule issue morbide.
Paris 2012 Ici aussi nous avons notre Paris 2012, sauf qu’il s’appelle Madrid 2012. Christophe est fou de chapeaux. Pour ceux qui l’ont vu l’hiver, il quitte rarement son borsalino et l’été c’est son panama. Moi, ses histoires de chapeau, ça ne m’enchante pas car ça met en valeur ses grandes oreilles mais bon, ça lui donne ce petit côté décalé qui n’est pas pour me déplaire. Nous sommes dimanche, nous sortons du restaurant Iroco (il faudra que je vous y emmène) où je viens de m’empiffrer d’eggs benedicts, et nous partons en direction du parc le Retiro pour faire la sieste. Quand Christophe voit passer une tribu d’espagnols dotée d’un accessoire tout à fait extraordinaire : le chapeau de paille Madrid 2012. Je vois à son regard désespéré qu’il ferait tout pour se le procurer alors, nous partons en quête du couvre-chef. Il se trouve que pour faire comme Paris 2012, Madrid 2012 avait organisé une fête sur les Champs Elysées locaux pour arroser les passants. En effet la chaleur était telle que toutes les casernes de Madrid s’étaient données rendez-vous pour transformer l’avenue en concours de Tshirt mouillé digne des soirées estivales des boîtes de beaufs de Cavalaire. Nous n’avons pas fait l’exception. Tshirt blanc oblige, j’étais ravie. On avance sur l’avenue, on cherche les chapeaux, rien en vue. On enquête, on questionne, tous les renseignements sont vagues. C’est la honte. Toute la foule a son chapeau voire même plusieurs superposés et nous rien, nus comme des vers mouillés. Nous suivons une piste pendant des kilomètres. Arrivés au bout du parcours, nous nous avouons vaincus. Nous faisons demi tour et rentrons tous penauds quand une merveilleuse queue comme ne savent le faire que les espagnols apparaît au loin, comme un mirage. Ça y est, les sombreros ont réapparus et seront dans quelques secondes sur nos chefs. Quel Bonheur !
O n vous souhaite tout le bonheur du monde Et que quelqu'un vous tende la main Que votre chemin évite les bombes Qu'il mène vers de calmes jardins. On vous souhaite tout le bonheur du monde Pour aujourd'hui comme pour demain Que votre soleil éclaircisse l'ombre Qu'il brille d'amour au quotidien.
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Commentaire de (13/09/2005 23:59) :

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Quand Karl fait son show
13/09/2005 22:38
Une hystérique chez H&M
Imaginez-moi au bureau à Madrid vendredi 12 novembre trépignante à l’idée que toutes mes pouffes parisiennes avaient fait le pont non pas pour se reposer mais pour être à l’aube devant l’enseigne suédoise. Onze heure du matin, premier coup de fil d’une désespérée « il y à deux heures de queue et il ne reste plus que des bagues ». Et moi, à l’autre bout du fil, impotente et inutile et encore un peu plus trépignante. Je raccroche au bord du gouffre et appelle le deuxième groupe de pouffes qui avait opté pour la stratégie « moi je suis maligne, je pars en banlieue ». Cette fois-ci je tombe sur des furies qui avaient réussi à faire un rapt « c’est canon, on a pris plein de truc, la robe, le chemisier, la veste comme ça, le top ceci etc ». Mon cœur était sur le point de se décrocher. Que faisais-je encore au bureau ? Ben travailler ou du moins faire semblant, s’occuper les mains surtout et ne pas penser. Plus que quelques heures, ça va aller. Les Espagnoles ne connaissent pas Karl et elles n’ont pas pu voir les 4x3 qui couvrent les monuments en réfection depuis deux semaines déjà. Et elles ne lisent pas Métro ou vintos minutos non-plus qui s’acharnaient contre moi ce matin en mettant à la une l’événement… Trois, deux, un, zéro je pars honteuse du bureau vers 13h soit deux heures avant le début réglementaire du WE. Les collègues ont des sourires chaleureux et me soutiennent dans le moment terrible que je m’apprête à affronter. Je marche ; je marche la route me semble interminable, soudain j’aperçois les deux initiales familières, j’ai presque la respiration coupée. Il y a un monde fou une queue de cent mètres… Non c’est mon cerveau qui me joue de tours, ce n’est que la marée humaine habituelle de la calle Goya lieu stratégique de mon échappée. Je rentre, je vois immédiatement le corner et plonge sur la robe à volant et les tops en dentelle ; j’attrape aussi le chemisier, la veste de smoking, une jupe d’un doigt resté libre…. Je crée l’hystérie à moi toute seule vue que personne ne s’arrache rien et que la boutique est quai vide. Je cours aux vestiaires, j’essaye, tout est super, tout me va trop bien, j’en avais justement besoin, j’adore, j’adore, j’adore. Je retourne dans les linéaires à la recherche de quelque rareté, je questionne les vendeuses sur l’arrivée des prochains camions, l’état des stocks, les produits en rupture enfin je m’intéresse. Je passe enfin à la caisse, attrape en passant Liquid Karl même si l’odeur ne m’enchante pas car « c’est un collector, Christophe, tu peux pas comprendre ». En effet entre temps Chris est arrivé pour me soutenir dans ce dur moment et me faire don de ses bras pour poser mon butin. Le verdict financier est tombé, je ne bronche pas mais je vois ses yeux ronds comme des billes à la vue de la somme que je viens de débourser. J’ai honte mais c’est trop bon ! De retour à la maison, je me jette épuisée sur le lit puis me relève deux minutes après pour faire le top modèle. Et là, je ne sais pas ce qu’il m’a pris, une sorte de shopping blues terrible, le voile de l’emportement venait de tomber, comme un couperet. Depuis, jour après jour je reviens honteuse rendre mes achats …
Au pays de l’impôt volontaire Dans la famille « je jette l’argent par les fenêtres », voici l’acte deux. On m’avait parlé cet été de la folie des madrilènes pour les jeux de hasard et je m’étais promis de ne pas me faire avoir. Mais aujourd’hui je viens d’avoir la preuve que je suis faible. Il est de coutume à Noël de participer à la loterie nationale. Soit, qui n’a jamais pris un minuscule petit ticket pour le super géant méga tirage de la Saint Sylvestre, me jette la première pierre. Sauf qu’ici les choses prennent une toute autre dimension ! Tout d’abord, il faut être polytechnicien pour comprendre comment ce jeu marche. Car on peut acheter un numéro mais aussi ses décimaux et également une fraction de ses décimaux. Vous n’avez rien compris, c’est normal, je ne suis pas très sûre moi-même d’avoir saisi. Mais ce n’est pas tout. Saviez vous que la respectable société Chanel a fait ouvrir un compte spécial pour que ses employés puissent verser leur apport pour la grande loterie ? Saviez-vous que la boutique Chanel équivalente à celle de la rue Montaigne a, elle aussi acheté un numéro et nous propose de participer ? Que le café où je vais déjeuner fréquemment nous invite à acheter des décimaux, que médecins, fleuristes, profs de salsa… eux aussi vous font culpabiliser si vous n’achetez pas leurs billets…Que la queue pour acheter ces fameux billets gagnants est pire que la queue pour les soldes Chanel à neuf heures du matin ! C’est l’horreur ce système puisqu’il y en a toujours un soit qui un gagné une fois soit qui connaît quelqu’un qui …. Et puis le bon vieux rêve de devenir euromillionnaire qui réapparaît. Je dois vous confesser, j’ai craqué mais c’est sûr que je vais gagner, j’ai la chance du débutant non ? … Mais je vous rassure, je n’ai pris que les numéros Chanel, c’est ça la classe ! L’esprit de Noël Jouez hautbois, résonnez musettes à l’espagnole ça vaut le détour, un vrai cas de société. Ici les étoiles ; les sapins géants existent bien sûr mais sont un peu délaissés au profit des petits jésus, bœuf et âne gris, Balthazar, Melchior et toute la clique. Imaginez un peu un petit jesus géant boulevard Haussmann ! Je vois déjà d’ici les associations laïques, les rabbins et imams crier au scandale et remettre sur le tapis le port du voile. Mais ici rien de cela, la religion fait partie entière de la vie quotidienne. Les Jesus, Marie de la crèche, Pilier d’église, Douleur, Tabernacle, Rosaire et autres Immaculées conception sont les prénoms les plus communs. La ville compte plus de cinquante de rue de la vierge de quelque chose ! A côté de cela Noël c’est aussi se balader dans la rue avec des oreilles de renne clignotante, des perruques afro ou mangas. Hier c’était un véritable spectacle, on a d’abord cru à un smob ( les fameux rassemblements éclairs) mais non, à quels saints se vouaient-ils ? Je cherche encore !
Un sens civique très développé Les Espagnols ont un sens des interdits particulier dû à leur daltonisme étendu. En effet, qu’ils soient conducteurs d’automobile, de bus, de taxi ou de poussette, ils ne voient jamais les feux rouges mais alors jamais. Nous nous étonnons même parfois quand les pauvres piétons osent traverser car on ne sait jamais qui a vraiment la priorité ! Vous me direz c’est un peuple un peu comme nous Français qui n’a plus beaucoup d’interdits civiques et bien j’aurais aimé vous répondre oui mais ils ont un vice qui ne me permet de les classer dans cette catégorie. Ils ont le sens inné de la queue disciplinée. C’est quelque chose d’extraordinaire, ils adorent faire la queue partout. Au cinéma, dans les magasins, à l’arrêt du bus, devant la porte d’embarquement et que l’on ne s’avise pas de les gruger. Si vous n’avez jamais vu une queue d’espagnols, vous me direz rien d’extraordinaire, on fait tous la queue, mais celles-là ont quelque chose d’apocalyptique par leur longueur et leur anticipation. Nous sommes allés dîner un soir dans un restaurant que l’on nous avait recommandé avec le seul bémol qu’il fallait arriver tôt car c’était toujours plein. Heureux de cette bonne nouvelle (on va enfin pouvoir dîner à une heure descente) nous voilà à l’heure des poules devant le restaurant. Devant est un bien grand mot car devant il y avait bien 40 personnes dans le froid à attendre que le chef veuille bien ouvrir ses portes. Ce n’est qu’un exemple et c’est un vice qui s’exporte car à Lisbonne où nous étions échappés le week-end dernier, on pouvait reconnaître de loin nos amis !
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nouvelles en vrac
13/09/2005 22:32
Madrid, mercredi 10 novembre 2004
En fouillant dans mes archives j’ai vu que ma dernière lettre datait de début juin. Ça fait déjà cinq mois que je n’ai pas écrit. Et puis le temps passe, plus je me sens rouillée et plus mes anecdotes du quotidien ressemblent à des souvenirs insipides. « Et puis on s’est vu ya pas si longtemps non ? »
Bon pas d’excuse, si ça vient ça vient et si ça vient pas tant pis m’a dit Christophe. Alors j’essaye.
Nouvelles en vrac ;
Recherche emploi sereinement
Christophe cherche toujours du travail. Bien que produit de niche sur le marché du travail espagnol, il a su me semble t’il plaire à ses employeurs potentiels (d’ailleurs à qui ne plaît-il pas comme dirait mon petit frère ?). Il n’a pas encore passé la phase du deuxième entretien mais tout porte à croire que c’est pour bientôt. Entre temps, il s’occupe pas mal entre ses cours de français ; de maths et de physique, il n’aura bientôt plus le temps pour chercher.
Une ptite française forme les vendeuses des Corte Ingles en espagnol.
J’en rigole encore toute seule que l’on m’ait confié cette mission. Tout le mois de septembre à raison de 2 ou 3 jours par semaine j’ai formé nos vendeuses de grand magasin sur les nouveaux produits CHANEL ; en soin biensûr mais en parfum et maquillage et avec cela j’ai vu du pays, Madrid, Barcelone et Valence car la vendeuse est un animal qui se déplace peu.
Toute une histoire, car ces femmes là ne sont pas des tendres. Les malines ont profité de mon statut de nouvelle pour me faire passer leurs réclamations, désapprobations et rêves les plus fous ! A m’en rendre folle : elles veulent toutes un sac Chanel pour Noël ; rien que ça. Moi j’avais envie de leur offrir des baffes !
A mangé ses chaussettes par amour
Un de mes sujets tabou est entrain de prendre fin…
Christophe a une tare énorme : il possède une collection de chaussettes fantaisie inusables ! Imaginez mon désarroi, mes sueurs froides chez les invités quand il croise les jambes ou pire ; si la maîtresse de maison est maniaque et qu’il faut se déchausser ! et bien par amour il a feint de manger ses chaussettes avant de jeter partie de sa collection !
Soldes d’été largement rentabilisées Un des grandes chances d’être plus au sud, c’est que l’été dure plus longtemps. Jamais encore je n’étais restée pieds nus dans mes chaussures aussi tard dans l’année ! Nous avons eu comme un deuxième été au mois de septembre et depuis début octobre, permettant de conserver le plus longtemps possible le hâle du vacancier. La nature elle-même le confirme puisque les plantes de notre balcon connaissent une nouvelle poussée florale. A tous ceux qui pensent être des serial killer de plantes vertes qu’ils viennent vivre ici et ils se transformeront en des Nicolas le jardiniers aux mains très très vertes. Achats d’hiver très recherchés
J’ai un peu crâné sur le temps de septembre et octobre mais depuis le changement d’heure, changement d’habits oblige. Il fait très froid également dans la plus haute capitale d’Europe et on est en plein vent. Mais ne vous inquiétez pas, comme la fourmi je stocke pour l’hiver robes et pull bien chauds et biensûr quelques chaussures !
Flamme & co et hors la loi
En Espagne, il était tout naturel de découvrir les curiosités locales dont le flamenco. Nous avons vraiment eu une révélation pour cet art si localisé et si divers. En effet nous avons vu de nombreux spectacles qui nous ont enflammés ( !) tant par leur qualité que leur diversité. Il y a eu en Juin les deux beaux gosses du Nuevo Ballet Espagnol (Rojas et Rodriguez) qui seront à Paris au Palais des congrès en février pour Don Juan. En ce moment ils jouent Roméo et Juliette que je ne veux surtout pas rater. En espérant que ce ne soit pas annulé comme pour Faruquito and Family. La blague : nous avions prévu d’emmener mes parents voir les gitans danseurs et bien figurez-vous que le spectacle a été annulé car ce brigand, tel est son surnom, est en prison pour homicide involontaire et fuite ! C’est dommage, je pense que le spectacle devait valoir la peine ! Tout ce paragraphe pour vous dire que nous nous sommes inscrits à un cours de Salsa. Les débuts sont un peu douloureux. D’une part cela va très vite et d’autre part, je ne comprends pas les profs qui sont cubains et qui ont un accent charmant mais tout à fait particulier. J’ai failli la dernière fois faire une sortie à la Charlotte de Sex & the city qui pique une crise contre son prof de claquettes !
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un mariage à la madrilène
13/09/2005 22:11
Cette fois-ci pas d’histoire de maillot de bain oublié, j’ai carrément séché volontairement et de mon plein gré la piscine. Bonjour les bonnes résolutions. C’était pas la peine de partir en Espagne pour me rendre compte que pour le sport je suis incorrigible… Le joli mois de mai a passé à une vitesse incroyable. C’est vrai qu’avec la noce, nous avons été très occupé. C’est bien la première fois que l’on m’aura vu troquer un Elle contre un très respectable El Pais ou El Mundo. J’ai adoré vivre ce moment de l’intérieur prise entre les deux feux des pour Letitia et des contre la roturière. En effet, pour une grande partie des femmes de mon entourage ; ce mariage a été vécu comme un drame. Le beau Felipe partir avec cette arriviste … Le jour avant la noce, les filles du bureau étaient surexcitées en apprenant qu’il allait pleuvoir, d’autres parlaient de se mettre en deuil. Résultat des courses, tout le monde à quand même passé son week-end devant la télévision à reluquer et critiquer les tenues et allures des unes et des autres. De mon côté ; n’ayant pas encore intégré toute la culture royaliste espagnole, j’étais plus ravie d’être in the place to be. La ville était magnifique, avec ses bouquets de fleurs accrochés à chaque lampadaire, ses drapeaux affublés du « M » comme Madrid, ou Mayo (ça pouvait pas être mariage car ça se dit Boda). Pour en revenir au « M », on a beaucoup ri entre français car il ressemblait étrangement au M Monoprix. Et oui, cela fait une excellente transition pour vous parler de ce qui me manque de France (à part vous biensûr). Il y aura donc vous l’aurez compris, le city marché qui nous fait défaut. Ici je dois hésiter entre Caprabo, qu’avec Christophe nous aimons appeler « Gros cradau » et Sabeco qui fait pas son malin non plus. Ces Franprix locaux sont à mi-chemin entre les marchés africains qui étalent leur poissonséchéquisentfort et ce même désert africain. En revanche, on trouve plein de produits inutiles comme des moules en boîte (non mais on a pas idée) aux mille saveurs, des bouteilles d’huile d’olive de vingt litres et toutes les variétés européennes de vins en pack style longue conservation ! A part cela, c’est curieux il y a très peu de restaux chinois tout bête, notamment pour emporter. J’ai donc un peu de mal à me déshabituer à ma cantine de la rue Au Maire. Et pour finir, pas de Gala et pas de Comptoir de Cotonniers. Heureusement que j’ai des parents en or qui pallient ce dernier point. En revanche, j’ai toujours en tête de monter une franchise en Espagne, enfin non pas moi …. Christophe. Mais, je sais pas pourquoi il n’est pas aussi motivé que moi. Imaginez la tête de ses parents quand je leur ai dit (un peu pour les provoquer) que j’avais de grands projets pour lui au sujet du Comptoir. Enfin bon, étant têtue et déterminée, je vais quand même approfondir le sujet ! Vous voyez donc ce qui me manque ici : rien de grave …. La vie madrilène nous offre bien d’autres luxes à commencer par l’espace, la douce chaleur du début d’été, la proximité des choses et surtout ne plus changer à Châtelet un jour de grève… Nous nous plaisons à dire « je vais au jardin » en parlant de la terrasse où les plantations de Christophe font des merveilles. Il faut dire qu’au début j’étais dubitative. Comment en plantant un pépin de tomate, veux-tu que l’on ait quelque chose ? Le pauvre, il a du subir mes sarcasmes pendant quinze jours, jusqu’à ce que je renverse malencontreusement ma bière dans les semis et là depuis : miracle de la levure [de bière] ce ne sont plus « ses » plantes mais bien « nos » plantes que je regarde amoureusement croître chaque jour. Côté apprentissage de la langue espagnole, je me suis un peu calmée sur les fenomenal et compagnie mais je rigole encore toute seule de mes erreurs : j’aime à demander des champignons au bureau de poste. Je me retrouve à la mercerie entrain de dessiner des épingles à nourrices, pas facile facile. Je commande un salade de thon et l’on m’apporte un plat d’olives noires ! Ou encore je ne tape la honte au Sabeco en essayant de d’acheter des recharges pour rasoir ! Aujourd’hui cela fait pile trois mois que j’habite à Madrid. Je suis ravie d’avoir la chance de créer quelque chose de nouveau, de pouvoir prendre du recul et me fixer de nouveaux objectifs. Mais rien ne me fait plus plaisirs que vos témoignages d’amitié !
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une nouvelle vie
13/09/2005 21:59
Vous allez pas me croire… j’ai oublié à la maison mon maillot de bain et je me suis retrouvée toute penaude dans les vestiaires de la piscine du Collegio El Pilar où j’essaye d’élire domicile deux fois par semaine après le boulot … Acte manqué diront ceux qui connaissent mon amour pour le sport. Excellente nouvelle, ceux qui attendaient ce chapitre quatre qui je l’admets a mis trop de temps à venir.
Ce dernier mois a été très chargé, je commence à prendre mes marques et malheureusement à Paris, Madrid, Hong Kong ou New York (peut-être pas aux Kiribati) le temps passe toujours aussi vite ! En vrac, ce mois a été celui de la peinture de notre gigantesque appartement du bario de Salamanca, des razias à Ikea, « liroyemerline » et « habitate » suivi du montage des acquisitions et grand perçage de trous, de la semaine sainte à Madrid et de ses émouvantes processions, des premiers dîners à la maison avec réalisation de tapas incroyables par Christophe mais aussi des premiers coups de stress au boulot… Pero, al final la vida en Madrid es una pasada. Je commence à me débrouiller pas mal en espagnol. De l’extérieur, je dois être exaspérante car j’ai chopé quelques expressions typiquement madrilènes que je rabâche sans cesse et ça m’amuse terriblement. C’est du « fenomenal » à chaque fin de phrase. Attention ce n’est pas n’importe quel « fenomenal », la prononciation est clé, le mot doit être dit rapidement, avec une voix un peu rauque et surtout l’accent tonique sur le –al. Du plus grand effet ! Il y a aussi « impresionante » prononcer ime-pre-sio-nan-te, « chulo » [tchoulo] qui signifie cool, chouette, « mono » [môoo-no] qui littéralement veut dire singe mais qui dans le langage courant veut dire mignon. Va comprendre… Revenons au sommaire de ce dernier mois. Tout d’abord l’appartement. Nous avons, j’aime à dire, trouvé une huître dans laquelle nous nous efforçons de faire jaillir la perle. Les meubles ont fait le tour des pièces pour trouver leur place idéale. J’ai relu mon bouquin fétiche, Feng shui simple, pour ne commettre aucun impaire et notre travail commence à porter ses fruits. Nous n’avons pas encore d’appareil photo mais en gros, le salon est un joyeux mélange de rouges, la chambre très sobre, toute blanche un espace zen indispensable afin de respecter son côté sanctuaire, retraite protectrice où la relaxation profonde et la régénération sont de règle. La cuisine, un hommage à Paul Smith mais surtout dans ma tête car je n’ai pas encore trouvé la force de me lancer à corps perdu dans la réalisation des rayures ; la salle de bain pour ne pas changer, une boutique Chanel ; la chambre d’amis je vous laisse la découvrir et mon dressing, un fameux bordel ! Concernant le boulot, ça change clairement de ce que j’avais l’habitude de faire, c’est même complètement différent tout en restant très complémentaire. Je découvre avec horreur qu’à l’école on ne nous a appris les tables de multiplication que jusqu’à dix alors je m’arrache les cheveux en calculant mon budget échantillon car ils vont par boîte de douze. L’équipe, nous ne sommes que des filles pour changer. Les journées de travail sont terriblement remplies mais mon agenda n’a plus rien à voir avec ce qu’il était il y a quelques mois. J’ai à peu près le même rythme qu’à Paris mais ce qui change considérablement c’est que la vie continue deux bonnes heures après le boulot. En effet, les boutiques sont presque toutes ouvertes jusqu’à 21h30 alors fini le stress des courses dans le noir au Franprix de la rue du Grenier saint-Lazare. En fait, nous avons pris le pli des horaires assez facilement et c’est je l’avoue un rythme tout à fait agréable surtout le week-end où l’on peut faire la grasse matinée sans culpabiliser. Résultat, on devient encore plus espagnols que les espagnols car on déjeune de plus en plus fréquemment à cinq heures du soir ! En projet, les semaines à venir : suivre avec intérêt les préparatifs de la noce du siècle qui a lieu dans deux semaines, découvrir l’ouverture de la feria le quinze mai prochain, recevoir nos premiers hôtes, réparer la télé car il est capital que je puisse suivre les séries espagnoles pour parfaire mon vocabulaire, des spectacles de flamenco et toutes les surprises que Madrid nous réserve.
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