Simone de Beauvoir disait si l’on séjourne une semaine dans un pays on a du matériel pour écrire un livre, une année un article, et si l’on reste dix ans on sera absolument incapable d’écrire quoi que ce soit…. Je suis assez mal partie comme vous le voyez mais les événements des derniers mois m’ont fourni encore un peu de matière pour vous tenir au courant des différents France Espagne.
La quête du lisse
Une des choses qui m’angoisse le plus depuis que je suis en Espagne ce sont mes cheveux. En effet, les pauvres sont soumis à une concurrence sévère, que dis-je à un véritable dictat. Chevelures épaisses et gonflées, pointes impeccables qui rebiquent avec impertinence, raideurs insolentes, couleurs brillantes et exaspérantes. Bienvenue au pays des salons de coiffures résidences secondaires et des coiffeurs rois. Nourris des plus grands épisodes de Dallas et Dynastie, ils opèrent en toute impunité et se font même payer. Bienvenue en Espagne, le pays où le brushing figure dans la constitution. En bonne étrangère prête à tout pour s’intégrer, j’ai tenté de me soumettre aux usages locaux car j’adore avoir les cheveux de Barbie, mais à quel prix ? Chaque passage dans les mains de ces Franco de la brosse est un supplice. La torture commence dès le shampoing qui est en fait un violent grattage du crâne d’une puissance qui chaque fois me laisse perplexe, m’effraie. La serviette post-séchage est un étau qui m’empêche de penser (avec du recul, c’est sans doute fait exprès) mais ce n’est pas tout. On pourrait en effet caractériser le séchage d’apothéose de la douleur quand Franco s’évertue à tirer méthodiquement sur mes boucles pour me faire rentrer dans la loi du lisse. L’Innovation la plus remarquable mais probablement peu rentable économiquement, et surtout peu pratique logistiquement c’est quand ils se penchent à deux sur moi pour opérer au brushing. Si je regarde dans la glace le spectacle, je vais rire. Je baisse les yeux et je souffre en silence. Le « il faut souffrir pour être belle » reprend ici un sens on ne peut plus actuel.
Constats et tauromachie
Pomponnée comme il se doit ici, je peux donc décemment me rendre à l’événement de l’année à Madrid : la corrida. Les ferias ont lieu entre mi-mars et mi-juin avec un pic au moment de la San Isidro autour du 15 mai. Nous avons donc acheté nos billets côté soleil car c’est moins cher. J’avais l’impression d’arnaquer la Fnac car je ne voyais pas en quoi c’était moins bien d’être au soleil. On a le spectacle et le bronzage en prime, de quoi frimer en rentrant à Paris et en plus à 19h30, le soleil ça ne tape plus. Eh bien mes amis, je n’ai pas été déçue de cette expérience … Tout d’abord, si c’est moins cher au soleil ce n’est pas parce que le soleil est gratis c’est parce que c’est juste le moment où le soleil est encore assez traître pour vous brûler et juste quand il commence à descendre pour se mettre à hauteur de vos yeux et vous éblouir. Constat numéro 1, se faire greffer un autre bras insensible à l’effort musculaire pour vous servir de visière.
D’autre part, en bon autochtone, nous nous sommes acheté des graines de maïs à boulotter pendant le spectacle. Et là, grave erreur stratégique car le maïs ça se mange en entier alors que pour les pipas ; genre de graines de tournesol, on peut en jeter l’écorce. Et ça je vous l’assure, malgré le soleil omniprésent, il pleuvait des épluchures de pipas sur mes cheveux lissés et mes genoux. J’adore. Constat numéro 2 : toujours disposer de pipas pour jeter sur ses voisins du dessous…
La corida commence. Les gradins de la plaza de Torros sont combles, plus de 40 .000 personnes sont présentes, je sens l’excitation monter en moi. Focus sur les costumes : des dorures éblouissantes qui aveuglent ceux qui sont au soleil. Des couleurs chatoyantes : du rose, du jaune, du bordeaux, du crème. Un costume taillé en 34 qui met en valeur et affine la taille, un petit bolero pour ne pas trop gêner et accentuer les formes. Des bas de couleur rose rehaussés par de petites ballerines noires. Constat 3 : la corrida est-elle réellement un sport viril ??? D’abord les banderillos viennent agiter un peu le taureau avec leur fa fameuse cape rose et jaune. Arrivent ensuite les picadores à cheval qui sont censés harponner le taureau avec de grandes lances. Les banderillos reviennent ensuite dans l’arène pour piquer les banderillas sur l’échine du taureau, 6 au total. Puis quand le taureau est bien énervé, le matador fait son entrée pour l’achever. Puis on change d’équipe et ça recommence. Pour la notre nous avons eu 6 taureaux. Constat 4 : tout cela à bien l’air d’une grosse boucherie, qu’est-ce que je fous ici ? Effectivement, dès le début de la corrida, je commence à avoir des bouffées de chaleur, je me prends d’amitié pour la bête qui fait quand même presque une tonne, qui n’a jamais vu d’homme et n’a rien demandé à personne. Je suis choquée. Mes tendances brigittebardolesques s’exacerbent, je suffoque, prête à crier au scandale. J’en ai pour deux heures, je suis coincée au milieu d’une rangée de vingt sardines, pas d’issue en vue. Je vais donc souffrir en silence et rêver d’une corrida où le taureau briserait les normes et piquerait les picadores. Et bien, figurez-vous que j’ai été entendue. Les taureaux n’étaient pas des bêtes de scène mais ils ont eu un certain sens de l’humour. Tout d’abord, le taureau s’est pris d’affection pour le cheval et l’a renversé avec son cavalier. Impossible ensuite de remettre le canasson sur ces pattes. Je jubilais. Ensuite, il y avait un taureau de fort mauvaise humeur qui a à moitié empalé le matador. Enfin, il lui a déchiré son pantalon au niveau des fesses. Humm très sexy ! Le jeune homme s’est relevé échevelé, pieds nus mais très digne, il a continué le combat en collants roses…Respect. On a eu aussi le taureau timide ou associal qui refusait de se jeter sur la cape et aurait donné sa vie pour retourner au corral. Constat numéro 5 : on se serait cru à Intervilles, je fredonnais Lalalalala lalalalala, en attendant le lâcher de vachettes. Mais bon, on se fait à toutes choses et j’ai quand même pu apprécier quelques passes où le taureau frôle le torero cambré au maximum tel un danseur étoile. Le public est à la fois intraitable et connaisseur, il peut huer un taureau (car c’est toujours la faute du taureau si la corrida est mauvaise) mais il peut être aussi très reconnaissant si les gestes sont beaux et précis. Et là c’est 40.000 personnes qui crient d’une même voix « Olé ». C’était très émouvant. Et j’étais prête à me joindre à la foule qui agitait frénétiquement des mouchoirs blancs pour féliciter le matador et lui permettre de couper l’oreille du taureau en trophée. Constat final : beaucoup d’émotions mais finalement une impression globale assez mitigée. Un match truqué d’avance : le taureau est trop bête, il vise toujours ou presque la cape, il n’a qu’une seule issue morbide.
Paris 2012 Ici aussi nous avons notre Paris 2012, sauf qu’il s’appelle Madrid 2012. Christophe est fou de chapeaux. Pour ceux qui l’ont vu l’hiver, il quitte rarement son borsalino et l’été c’est son panama. Moi, ses histoires de chapeau, ça ne m’enchante pas car ça met en valeur ses grandes oreilles mais bon, ça lui donne ce petit côté décalé qui n’est pas pour me déplaire. Nous sommes dimanche, nous sortons du restaurant Iroco (il faudra que je vous y emmène) où je viens de m’empiffrer d’eggs benedicts, et nous partons en direction du parc le Retiro pour faire la sieste. Quand Christophe voit passer une tribu d’espagnols dotée d’un accessoire tout à fait extraordinaire : le chapeau de paille Madrid 2012. Je vois à son regard désespéré qu’il ferait tout pour se le procurer alors, nous partons en quête du couvre-chef. Il se trouve que pour faire comme Paris 2012, Madrid 2012 avait organisé une fête sur les Champs Elysées locaux pour arroser les passants. En effet la chaleur était telle que toutes les casernes de Madrid s’étaient données rendez-vous pour transformer l’avenue en concours de Tshirt mouillé digne des soirées estivales des boîtes de beaufs de Cavalaire. Nous n’avons pas fait l’exception. Tshirt blanc oblige, j’étais ravie. On avance sur l’avenue, on cherche les chapeaux, rien en vue. On enquête, on questionne, tous les renseignements sont vagues. C’est la honte. Toute la foule a son chapeau voire même plusieurs superposés et nous rien, nus comme des vers mouillés. Nous suivons une piste pendant des kilomètres. Arrivés au bout du parcours, nous nous avouons vaincus. Nous faisons demi tour et rentrons tous penauds quand une merveilleuse queue comme ne savent le faire que les espagnols apparaît au loin, comme un mirage. Ça y est, les sombreros ont réapparus et seront dans quelques secondes sur nos chefs. Quel Bonheur !
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