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madrid mon amour
13/09/2005 21:51
Ce que j’adore à l’étranger c’est que l’on regarde tout d’un nouvel œil. Même si c’est la porte à côté, il y a des tonnes de différences avec la France. La langue bien sûr (j’ai encore plein d’anecdotes….en France une femme pas très belle ça s’appelle un thon et bien ici le thon ça se dit bonito (pour les non-hispaniques ça veut dire joli ou mignon !°)), il y a les horaires, les restaus…. Mais là, tout de suite, j’aimerais vous parler de la télévision espagnole. LA télé espagnole est probablement une des plus belles boîtes à conneries d’Europe avec un ramassis de talk-show qui présentent néanmoins des avantages : on peut le regarder avant de partir dîner (c’est à dire ici autour de 21h30), aller dîner (vers 23h) et rentrer du dîner vers le début du jour mais le talk-show suit son cours et les protagonistes, auxquels nécessairement notre âme sensible s’accroche, sont encore là, emmêlés dans leurs histoires sordides « je suis rentré dans l’armée en tant qu’homme, je suis devenu transexuelle mais l’armée ne veut plus de moi bien que la justice m’ait rendu raison…. Et patati et patata». Moi je vous dis tra-gique. Sinon, saviez-vous que Leroy-Merlin (prononcer Lé-roye mer-line) a sa propre émission sur la chaîne nationale ? Au premier coup d’œil j’ai cru rêver quand j’ai vu le bricole-boy construire un cercueil. Comme je ne suis pas encore bilingue, j’ai été obligée de regarder l’émission jusqu’au bout pour comprendre qu’il s’agissait en faite d’une étagère en forme de crayon de couleur…. L’avantage c’est que maintenant, je sais aussi comment réparer un trou dans le pot d’échappement d’une tondeuse à gazon, isoler un garage du froid et tailler des rosiers… et ouais ! C’est rien à côté des publicités pour les couches 3ème âge où chose très très rare on voit même un homme en vanter les mérites…Ici aussi ils ont canard WC, j’ai mis du temps à comprendre car ça s’appelle pato WC et le canard ressemble vachement à Lara Croft. Pour Monsieur Propre c’était plus facile, pas de confusion possible même s’il a pris comme identité Don Limpio ! En revanche, nous on a la poêle « faciltortilla » nah ! Je vous rassure on ne fait pas que regarder la téloche on sort dans les bars à pe-tass comme dirait Christophe. Et là, j’ai hâte de vous y traîner. Il y en a de tous les styles. Bien sûr au début on a fait des erreurs, par exemple je ne vous conseillerai pas la maison de la tortilla qui se trouve au fond d’une cave avec des reproductions de bandes dessinées aux murs… même si la tortilla se laissait manger. C’est une parenthèse car il y a vraiment des endroits géniaux. Il suffit de choisir le style ta-pas tradi, ta-pas contemporaines, ta-pas branchées, ta-pas de luxe, tinto, cana ou sangria et de se laisser aller.... Mais bon j’ai pas encore complètement pris le coup. Les espagnols dînent très tard mais ils sont humains. Je m’explique, chaque soir quand je reviens du bureau, j’ai des crises d’angoisse pour savoir comment je vais faire pour tenir jusqu’au dîner plus que nocturne. J’ai enfin eu ma réponse : les tapas ne sont pour eux qu’une mise en bouche dans l’attente du dîner. Le problème c’est qu’avec mon estomac de Française j’ai souvent tendance à me jeter sur l’apéro…et donc au moment de passer dîner je suis fin pintée et plus possible d’avaler quoi que ce soit. Pauvre petite française. J’ai encore bien à apprendre. Heureusement la liste des bars est longue …. Petit aparté boulot. Jusqu’ici tout va bien, les gens sont supers sympas. Au total on doit être autant que l’équipe marketing trois axes de Neuilly et on est tous au même étage. J’ai quitté mon bureau parisien « la poussinière » pour rejoindre le « guichet », c’est comme ça que nous l’avons baptisé car on est six et qu’il faut attendre son tour car on tient pas à beaucoup plus. Sinon j’ai déjà l’impression d’être débordée mais ce n’est une impression spatiale uniquement. En effet les tables sont tellement petites qu’une fois un classeur ouvert on ne peut pas travailler. Alors je me tape des crises d’angoisse et je rigole toute seule car où que je pose quelque chose ça tombe par terre. Finalement, j’ai décidé de poser les choses à même le sol, c’est bien moins traumatisant. Je vous rassure d’ici quelque temps on devrait avoir des tables adaptées à la taille de nos A classeurs : j’attends ! Et en attendant, et bien les minettes et les minets de chacha font du kart…. Aujourd’hui pour fêter le lancement de la nouvelle fragrance masculine bibi a fait du kart et en plus elle a aimé. Promis, je vous enverrai dès que possible les preuves. C’est fou la vie, j’ai été obligée d’aller à Madrid pour essayer le kart. Que va t’il m’arriver d’autre…
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Le mot et l'idée
13/09/2005 21:42
Petite leçon de vocabulaire pour vous mettre un peu dans l’ambiance.
La femme enceinte se dit : embarasada. Ce que j’aime bien dans les espagnols c’est qu’ils sont directs. Ben oui, c’est embarrassant la femme enceinte. C’est vrai qu’au boulot 15% de l’effectif est enceint, c’est embarrassant pour le DG qui se demande pourquoi il n’a pas embauché plus d’hommes mais aussi pensez a ces pauvres femmes qui bientôt ne verront plus leurs pieds et seront obligées de s’accrocher aux barreaux de leur lit pour se retourner. Mais ce c’est pas tout… La vendeuse du Corte Ingles me dit qu’elle est… Je rougis, je ne lui ai pas demandé comment allaient ses fesses. Et bien ici, avoir un rhume ça se dit comme ça. Je me suis tapée une honte pas possible ! Je suis donc fière de vous annoncer que même en Espagne je serai constipada toute l’année ! Quoi d’autre …. J’entends debil a tout bout de chose ; « la mujer esta debil… » et ben voilà, il fallait que je tombe dans un pays qui maltraite les femmes mais non ça veut tout simplement dire faible. La liste pourrait être longue mais je vous en livre un dernier juste pour la route. « La esposa = l’épouse » (facile) mais attention, ça se gâte cruellement au pluriel car la gentille épouse se transforme en d’affreuses menotes « las esposas = les menotes »… Bon, tout ça pour vous dire que l’on ne s’ennuie pas ici ! Et que les espagnols ont un sacré sens de l’humour. Je suis sûre que suite au précédent message, vous vous demandez comment je vais avec seulement quatre paires de chaussures et une valise de vêtements. Et bien, je vous l’avoue, j’ai été assez ambitieuse car c’est hyper dur. J’habite dans un quartier très commerçant alors je vis un véritable supplice. Mais je risque très certainement de craquer pour quelque charmante petite ballerine retro ! Mais j’ai trouvé une parade infaillible, quoi qu’aussi coûteuse mais bien moins culpabilisante : j’habille mon homme. A défaut de pouvoir conseiller Aznar sur son look, Christophe a bien voulu se prêter à mon jeu et jouer les mannequins. Par chance, ayant oublié son costume dans une taxi moscovite, nous avons été contraint ce week-end de courir les boutiques afin de réparer ce drame. Et là, j’ai eu envie de vous dire BANCO ! _ Viens Chris, on va dans une belle boutique. _ D’accord Clairon Nous voilà donc chez « Goutchi » à essayer des costumes. Grande Classe les filles aurait pu dire la protagoniste du B achelor. Heureusement que j’avais mon sac Chacha pour me donner de la contenance. Christophe était magnifique dans ce costume à plus d’un mois de loyer. On a beaucoup hésité mais on préfère avoir un appartement pour vous accueillir un mois plutôt. C’est pourquoi vous trouverez probablement une petite corbeille à la sortie de votre future chambre pour participer au « Christophethon » et lui permettre de s’acheter quelque chose de convenable. Excellente transition, pour vous parler de notre palace charmant . Christophe a été tout simplement brillant car il a, en l’espace de trois jours, visité plus d’une vingtaine d’appartements. Il faut dire que malgré tout ce que l’on nous avait dit sur le logement à Madrid, il n’est pas si difficile que ça de trouver à se loger. Les annonces fleurissent aux balcons et il suffit de sonner le portier pour qu’il vous fasse visiter. Mais bon, les annonces cachent souvent des horreurs. En rentrant justement d’une visite d’un appartement de type poubelle, nous avons vu dans la rue où nous habitons pour le moment, une de ces fameuses annonces. Le lendemain, Christophe était sur le pont, il visite l’appartement et me convie à me joindre à lui pour le revoir à l’heure du dej. Je ne parlerai pas de coup de foudre mais de coup de raison. Petite mise en bouche : cent mètres carrés en plein cœur de Salamanca, le meilleur quartier de Madrid, à entendre parler les autochtones, deux chambres, deux salles de bains, un grand salon, un dressing ( !), une grande cuisine. Au cinquième étage, sur cour avec une vue complètement dégagée avec au loin la Plaza Colon, lieu de rassemblement fétiche des Espagnols que vous avez probablement vu à la télévision ces derniers temps. Et le clou, notre chambre donnerait sur une terrasse de taille tout à fait correcte où je me vois déjà faire bronzette le week-end. Bon à part cela, objectivement l’appartement est assez vieillot, je vous raconte pas la salle de bain marbrée dans les tons caramels caca d’oie, la cuisine datée des années cinquante, complètement carrelée de jaune sale, et j’en passe… Mais bon, c’est à côté du boulot (cinq minutes à pied), il y a plein de petites restaus sympas dixit le « gourmet tapas 2004 », d’endroits pour se balader, le quartier à l’air sûr. Donc on va essayer d’arranger cela avec un bon bon bon coup de peinture. On vous tient au courant mais je suis déjà surexcitée. Je n’en dors presque pas. Je tourne le salon dans tous les sens pour savoir comment mettre les canapés, je réfléchis à la couleur des cousins, aux plantes que l’on mettra sur le balcon et tout et tout. Bon d’ici là, on croise les doigts très fort.
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j'ai survécu au 11M
13/09/2005 21:20
Curieuse et malsaine impression de déjà vu…. j’ai survécu au 11
On ne s’y habituera jamais mais il faut se rendre à l’évidence, c’est malheureusement la guerre du XXI ème siècle qui continue de se dérouler sous nos yeux et que nos petits enfants apprendront probablement dans leurs livres d’histoire. El mundo es loco.
Plus terre à terre, voici les premières bribes de mon histoire madrilène.
Je suis arrivée a Madrid City lundi en fin d’après midi, chargée comme un mulet avec ma valise de vingt-cinq kilos ( je précise que la valise vide devais déjà bien en faire dix alors pas de commentaires désobligeants svp). Pour ceux qui suivent avec assiduité les comptes-rendus de mes déplacements vestimentaires, j’avais effectivement un sac de voyage réservé à mon obsession plantaire mais je n’en reviens pas moi même, je n’ai que 4 paires de chaussures pour tenir en attendant que celles que je n’ose plus compter arrivent avec le déménagement !
Enfin, je me disais c’est pas grave, je prends une brouette à l’aéroport pour déposer les paquets et puis après j’aurai un chauffeur de taxi costaud, comme une jeune française est en droit d’attendre d’après l’image qu’elle se fait de l’hidalgo moyen, pour tout porter. Et bien devinez quoi, à Madrid comme à Paris il doit y avoir trois pour cent de femmes chauffeur de taxi et bien la seule de la file de quatre vingt dix sept voitures elle était pour bibi qui a du se coltiner ses boulets comme una pauvrecita !!!! de la queue des voyageurs au taxi, devrais-je dire au coffre du taxi… du taxi a la calle Lagasca 67, du trottoir de la calle Lagasca à la chambre 404 A où j’ai élu domicile …. En attendant de trouver le palace charmant ….
Rapide passage en revue de la chambre, plutôt relais que château, mais c’est parfais, je ne compte pas m’éterniser. Je m’inquiète de savoir où je vais ranger mes produits de beauté, la salle de bain est dépourvue de ce qu’on appelle armoire… ça va être un fameux champ de bataille, pauvre Christophe… J’espère qu’il s’y fera.
Première déconvenue, le téléphone gris modèle mille neuf cent quatre vingt qui trône sur la télé s’avère être un téléphone interne à la résidence... Cette découverte bien que malheureuse m’a néanmoins permis de tester en grandeur nature mes talents de polyglotte qui, il faut le reconnaître après trente heures de cours avec Luz, sont plus que respectables (lancer de fleurs…).
Premiers contacts avec la nourriture autochtone. Ceux qui me connaissent bien sauront que « la bouffe » a longtemps été le sujet principal de mes lettres de l’étranger. Catastrophe, pas de Cappucino et pas de thé. Les espagnols aiment donc le café… C’est bon à savoir, j’aime bien les supermarchés en fait car ça en dit beaucoup sur la société. Il y a de la morue grise, à la limite du présentable en promo à côté de parts de gâteaux et de salades défraîchies. Que dois-je en déduire ????! Je ne ferai aucun commentaires car pour mon premier dîner espagnol je me suis fais un risotto maison. Et oui, fameux de surcroît. Yen a qui rêvent de manger leur hotdog en se promenant dans central Park (sic) et bien moi c’est risotto et manucure, vale !
Transition parfaite pour vous donner en quelques mots le programme de mes deux jours de farniente : lever tardif, piscine, manucure, balade, bain de soleil en terrasse et sieste…
Le temps file, on est déjà mercredi soir. Demain, je fais ma rentrée des classes. Pour la première fois depuis longtemps je n’ai pas la boule au ventre.
J’ai vite fait de prendre mes mauvaises habitudes de célibataires en allumant la télé au réveil pour faire une présence et m’intéresser aux informations enfin au look des présentateurs espagnols et à leur débit car j’ai du mal à suivre. Néanmoins, je comprends que quelque chose d’extra-ordinaire est entrain de se passer. Mais je suis à des lieux de m’imaginer l’horreur. Il est huit heures trente, les premières images commencent déjà à tourner en boucle….
Pour un premier jour de travail, c’est une bien triste entrée en matière. Le bureau est sous le choc, l’Espagne est sous le choc. Plus que jamais je me sens étrangère. J’apprends ainsi à connaître les espagnols. Aujourd’hui, ils ont fait quinze minutes de silence. Pour cela ils sont sortis dans la rue, dignes sous la pluie et ont applaudi pour clore leur recueillement. Ce soir une grande manifestation était organisée. Toutes les boutiques sont en deuil, des rubans noirs ornent les monuments et les revers des vestes. Je me retrouve un peu malgré moi dans ce rassemblement de la télé. Tout Madrid semble dans la rue, et le reste de l’Espagne la soutient … Je sens que je vais aimer ce peuple. J’aime leurs banderoles et leurs messages de paz. Les bougies qu’ils déposent dans la rue mais je ne m’y sens pas encore à ma place, je me demande comment nous Français aurions réagit et quel rôle j’aurais osé jouer dans mon pays.
Je reviens chez moi à contre-courant, trempée, un peu honteuse, pour me réfugier dans ma chambre et contempler de chez moi l’événement. J’entends les hélicoptères au-dessus de moi et je vois leurs images en face de moi. Il y a même Raffarin, mouillé sur l’écran à côté d’Aznar. C’est ça aussi l’Europe.
Je déteste vraiment la moustache clairsemée de leur président. Il serait vachement plus engageant sans.
Bon Cristobald arrive enfin demain soir, il n’est pas trop tard car pour le moment, je n’ai pas eu le courage de profiter de la vraie vie à l’espagnole et je me nourris de céréales (c’est inévitable, il fallait encore que je vous parle de bouffe …)
En tout cas, ce triste événement m’a permis de me rendre-compte une fois de plus à quel point je suis entourée de gens géni-aux qui comptent énormément pour moi. Merci du fond coeur à tous ceux qui m’ont appelé de Paris, de Rhode Island ou de Hong Kong, j’ai été très touchée de vos attentions.
Je pense très fort à vous.
Hasta luego,
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