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Quand Karl fait son show
13/09/2005 22:38
Une hystérique chez H&M
Imaginez-moi au bureau à Madrid vendredi 12 novembre trépignante à l’idée que toutes mes pouffes parisiennes avaient fait le pont non pas pour se reposer mais pour être à l’aube devant l’enseigne suédoise. Onze heure du matin, premier coup de fil d’une désespérée « il y à deux heures de queue et il ne reste plus que des bagues ». Et moi, à l’autre bout du fil, impotente et inutile et encore un peu plus trépignante. Je raccroche au bord du gouffre et appelle le deuxième groupe de pouffes qui avait opté pour la stratégie « moi je suis maligne, je pars en banlieue ». Cette fois-ci je tombe sur des furies qui avaient réussi à faire un rapt « c’est canon, on a pris plein de truc, la robe, le chemisier, la veste comme ça, le top ceci etc ». Mon cœur était sur le point de se décrocher. Que faisais-je encore au bureau ? Ben travailler ou du moins faire semblant, s’occuper les mains surtout et ne pas penser. Plus que quelques heures, ça va aller. Les Espagnoles ne connaissent pas Karl et elles n’ont pas pu voir les 4x3 qui couvrent les monuments en réfection depuis deux semaines déjà. Et elles ne lisent pas Métro ou vintos minutos non-plus qui s’acharnaient contre moi ce matin en mettant à la une l’événement… Trois, deux, un, zéro je pars honteuse du bureau vers 13h soit deux heures avant le début réglementaire du WE. Les collègues ont des sourires chaleureux et me soutiennent dans le moment terrible que je m’apprête à affronter. Je marche ; je marche la route me semble interminable, soudain j’aperçois les deux initiales familières, j’ai presque la respiration coupée. Il y a un monde fou une queue de cent mètres… Non c’est mon cerveau qui me joue de tours, ce n’est que la marée humaine habituelle de la calle Goya lieu stratégique de mon échappée. Je rentre, je vois immédiatement le corner et plonge sur la robe à volant et les tops en dentelle ; j’attrape aussi le chemisier, la veste de smoking, une jupe d’un doigt resté libre…. Je crée l’hystérie à moi toute seule vue que personne ne s’arrache rien et que la boutique est quai vide. Je cours aux vestiaires, j’essaye, tout est super, tout me va trop bien, j’en avais justement besoin, j’adore, j’adore, j’adore. Je retourne dans les linéaires à la recherche de quelque rareté, je questionne les vendeuses sur l’arrivée des prochains camions, l’état des stocks, les produits en rupture enfin je m’intéresse. Je passe enfin à la caisse, attrape en passant Liquid Karl même si l’odeur ne m’enchante pas car « c’est un collector, Christophe, tu peux pas comprendre ». En effet entre temps Chris est arrivé pour me soutenir dans ce dur moment et me faire don de ses bras pour poser mon butin. Le verdict financier est tombé, je ne bronche pas mais je vois ses yeux ronds comme des billes à la vue de la somme que je viens de débourser. J’ai honte mais c’est trop bon ! De retour à la maison, je me jette épuisée sur le lit puis me relève deux minutes après pour faire le top modèle. Et là, je ne sais pas ce qu’il m’a pris, une sorte de shopping blues terrible, le voile de l’emportement venait de tomber, comme un couperet. Depuis, jour après jour je reviens honteuse rendre mes achats …
Au pays de l’impôt volontaire Dans la famille « je jette l’argent par les fenêtres », voici l’acte deux. On m’avait parlé cet été de la folie des madrilènes pour les jeux de hasard et je m’étais promis de ne pas me faire avoir. Mais aujourd’hui je viens d’avoir la preuve que je suis faible. Il est de coutume à Noël de participer à la loterie nationale. Soit, qui n’a jamais pris un minuscule petit ticket pour le super géant méga tirage de la Saint Sylvestre, me jette la première pierre. Sauf qu’ici les choses prennent une toute autre dimension ! Tout d’abord, il faut être polytechnicien pour comprendre comment ce jeu marche. Car on peut acheter un numéro mais aussi ses décimaux et également une fraction de ses décimaux. Vous n’avez rien compris, c’est normal, je ne suis pas très sûre moi-même d’avoir saisi. Mais ce n’est pas tout. Saviez vous que la respectable société Chanel a fait ouvrir un compte spécial pour que ses employés puissent verser leur apport pour la grande loterie ? Saviez-vous que la boutique Chanel équivalente à celle de la rue Montaigne a, elle aussi acheté un numéro et nous propose de participer ? Que le café où je vais déjeuner fréquemment nous invite à acheter des décimaux, que médecins, fleuristes, profs de salsa… eux aussi vous font culpabiliser si vous n’achetez pas leurs billets…Que la queue pour acheter ces fameux billets gagnants est pire que la queue pour les soldes Chanel à neuf heures du matin ! C’est l’horreur ce système puisqu’il y en a toujours un soit qui un gagné une fois soit qui connaît quelqu’un qui …. Et puis le bon vieux rêve de devenir euromillionnaire qui réapparaît. Je dois vous confesser, j’ai craqué mais c’est sûr que je vais gagner, j’ai la chance du débutant non ? … Mais je vous rassure, je n’ai pris que les numéros Chanel, c’est ça la classe ! L’esprit de Noël Jouez hautbois, résonnez musettes à l’espagnole ça vaut le détour, un vrai cas de société. Ici les étoiles ; les sapins géants existent bien sûr mais sont un peu délaissés au profit des petits jésus, bœuf et âne gris, Balthazar, Melchior et toute la clique. Imaginez un peu un petit jesus géant boulevard Haussmann ! Je vois déjà d’ici les associations laïques, les rabbins et imams crier au scandale et remettre sur le tapis le port du voile. Mais ici rien de cela, la religion fait partie entière de la vie quotidienne. Les Jesus, Marie de la crèche, Pilier d’église, Douleur, Tabernacle, Rosaire et autres Immaculées conception sont les prénoms les plus communs. La ville compte plus de cinquante de rue de la vierge de quelque chose ! A côté de cela Noël c’est aussi se balader dans la rue avec des oreilles de renne clignotante, des perruques afro ou mangas. Hier c’était un véritable spectacle, on a d’abord cru à un smob ( les fameux rassemblements éclairs) mais non, à quels saints se vouaient-ils ? Je cherche encore !
Un sens civique très développé Les Espagnols ont un sens des interdits particulier dû à leur daltonisme étendu. En effet, qu’ils soient conducteurs d’automobile, de bus, de taxi ou de poussette, ils ne voient jamais les feux rouges mais alors jamais. Nous nous étonnons même parfois quand les pauvres piétons osent traverser car on ne sait jamais qui a vraiment la priorité ! Vous me direz c’est un peuple un peu comme nous Français qui n’a plus beaucoup d’interdits civiques et bien j’aurais aimé vous répondre oui mais ils ont un vice qui ne me permet de les classer dans cette catégorie. Ils ont le sens inné de la queue disciplinée. C’est quelque chose d’extraordinaire, ils adorent faire la queue partout. Au cinéma, dans les magasins, à l’arrêt du bus, devant la porte d’embarquement et que l’on ne s’avise pas de les gruger. Si vous n’avez jamais vu une queue d’espagnols, vous me direz rien d’extraordinaire, on fait tous la queue, mais celles-là ont quelque chose d’apocalyptique par leur longueur et leur anticipation. Nous sommes allés dîner un soir dans un restaurant que l’on nous avait recommandé avec le seul bémol qu’il fallait arriver tôt car c’était toujours plein. Heureux de cette bonne nouvelle (on va enfin pouvoir dîner à une heure descente) nous voilà à l’heure des poules devant le restaurant. Devant est un bien grand mot car devant il y avait bien 40 personnes dans le froid à attendre que le chef veuille bien ouvrir ses portes. Ce n’est qu’un exemple et c’est un vice qui s’exporte car à Lisbonne où nous étions échappés le week-end dernier, on pouvait reconnaître de loin nos amis !
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